Volume 35 numéro 14
4 décembre
2000


 


Le lupus pourrait se transmettre du chien à l’humain
Il existe une grande similitude entre le lupus canin et le lupus humain, explique le Dr Rocky Di Fruscia.

«Le lupus érythémateux systémique (LES), qui affecte les humains
et les chiens, est une maladie auto-immune qui survient quand l’organisme attaque ses propres tissus, explique le Dr Rocky Di Fruscia, professeur au Département de sciences cliniques de la Faculté de
médecine vétérinaire. Le LES canin ressemble en de nombreux points
au lupus humain.»

Triste nouvelle pour Max. Ce berger allemand âgé de quatre ans souffre d’une affection cutanée et d’une anémie. Le diagnostic tombe: lupus érythémateux systémique. C’est la catastrophe pour la famille, car Max n’en a plus que pour deux ans. Pire encore. Cette maladie auto-immune pourrait se transmettre à l’humain par les fluides canins.

«Cela est théoriquement possible, mais reste à confirmer. Il y a cependant une plus grande possibilité que l’humain et le chien partagent la même cause de la maladie, affirme le Dr Rocky Di Fruscia, professeur au Département de sciences cliniques de la Faculté de médecine vétérinaire. Des chercheurs ont administré des fluides acellulaires de chiens affectés par le lupus à des souris de laboratoire nouveau-nées. Ces dernières ont développé des tumeurs et leur organisme a produit des anticorps antinucléaires, révèle-t-il. De plus, des virus ont été isolés de ces tumeurs. Cela a permis de déceler la présence des mêmes particules virales sur des tissus humains atteints de lupus.»

Bonne nouvelle cependant: les résultats d’une autre étude, publiés récemment dans la revue britannique Lancet, rapportent des progrès dans le traitement de cette maladie rare chez l’humain: une chimiothérapie associée à une greffe de cellules souches sanguines favoriserait la rémission. Cette découverte pourrait conduire à des percées dans d’autres maladies qui attaquent le système immunitaire, notamment la sclérose en plaques, l’arthrite rhumatoïde et la polymyosite.

Pour Max, cela ne change rien. On ne connaît pas l’origine du lupus, indique le vétérinaire. Cependant, des recherches ont démontré une grande similitude entre le lupus canin et la maladie humaine: lésions cutanées, problèmes articulaires, anémie, destruction des plaquettes sanguines, perte de protéines dans les urines, photosensibilité et ulcérations buccales et nasales.

«Pour établir le diagnostic, on doit retrouver au moins deux de ces manifestations chez l’animal ou chez l’humain lupique, indique le médecin. Il faut aussi confirmer, par des tests sanguins particuliers, qu’il y a présence d’anticorps antinucléaires.»


Comme à la guerre

Afin d’expliquer pourquoi le système ne reconnaît pas ses propres cellules, le professeur Di Fruscia propose d’imaginer le corps comme un terrain de combat et la lutte contre la maladie comme une attaque armée. L’une des fonctions du système immunitaire est de protéger l’organisme des corps étrangers tels les virus et les bactéries, explique-t-il. Ces éléments perturbateurs portent des antigènes qui déclenchent le mécanisme de défense: l’organisme se met alors à produire des anticorps et des globules blancs nommés «phagocytes» et «lymphocytes».

«Ces principaux agents de défense du système immunitaire jouent chacun un rôle particulier: la cellule phagocyte attaque les corps étrangers à l’aide d’enzymes puissants. Elle agit comme un soldat sous les ordres du lymphocyte, qu’on peut considérer comme le général du système de défense: sa tâche est de circuler dans l’organisme, de repérer les antigènes et de former les anticorps spécifiques. Une fois tous les éléments étrangers éliminés, le système immunitaire cesse de synthétiser des anticorps. Mais il conserve quand même une mémoire immunologique au cas où le même agent infectieux se présenterait ultérieurement. C’est le principe du vaccin.»

Voilà ce qui se passe en temps normal. Toutefois, dans certains cas, les agents de défense ne différencient pas les antigènes des cellules des divers tissus et organes du corps, ajoute Rocky Di Fruscia. Pour des raisons qu’on ne comprend pas encore très bien, il arrive donc que le système immunitaire attaque ses propres cellules. Ce dérèglement peut engendrer l’apparition d’une maladie auto-immune.

On croit que certaines personnes sont génétiquement plus enclines à développer ce type de maladie. On pense également qu’un désordre hormonal pourraient être en cause dans les aberrations du mécanisme de défense. Le lupus (qui signifie «loup» en latin) touche plus souvent les femmes; seulement 20% des personnes affectées sont des hommes. Chez les chiens, cette maladie chronique est davantage présente chez les races telles que le setter irlandais, le caniche, le lévrier afghan et les bergers allemand et shetland.

«Un animal de race est plus fragile, signale le vétérinaire. Car, à l’origine, il est issu de manipulations génétiques propices à l’apparition d’un gène récessif et de maladies particulières.»


Un virus nommé «imposteur»

Au Moyen âge, le lupus, qui doit son nom aux lésions cutanées caractéristiques qu’il provoque, était associé aux loups-garous. En plus des plaies sur la peau qui rappellent la lèpre, les lupiques présentent un teint pâle souvent causé par une anémie. Par ailleurs, leur photosensibilité les oblige à se protéger des rayons du soleil, leur pire ennemi. Cette sensibilité est à l’origine de toute une mythologie, car les lupiques avaient l’habitude de ne vivre que la nuit. De là à les associer aux loups-garous, il n’y avait qu’un pas.

Une étude récente menée à l’Hôpital général de Montréal indique que le stress (mesuré en nombre de tracas quotidiens) et le manque d’estime de soi influent sur la santé mentale et physique des patients lupiques. «Les voies psychologiques qui font le pont entre les facteurs psychosociaux et l’apparition ou l’aggravation du lupus érythémateux systémique demeurent un mystère», affirment les chercheurs dans un article paru dans le journal Le Lien.

On estime qu’environ 15% des personnes atteintes de lupus font au cours de leur maladie des dépressions. Un pourcentage légèrement plus faible souffrent de psychose. Généralement, ces problèmes se règlent en traitant le lupus sous-jacent et à l’aide de médicaments. Mais encore faut-il avoir diagnostiqué la maladie. Cela n’est pas simple, car le lupus, surnommé «imposteur», peut se manifester de plusieurs façons, soutient le Dr Di Fruscia. On l’appelle aussi la «maladie du caméléon» à cause de son évolution instable. L’affection, qui ne se guérit pas mais peut être traitée notamment avec des médicaments qui diminuent l’activité du système immunitaire, est caractérisée par des rechutes fréquentes.

Et puis, il y a l’exception. À 41 ans, le joueur de baseball américain Tim Raines a remporté sa lutte contre le lupus. Il a récemment été intronisé au Temple de la renommée des Expos.

Dominique Nancy