Volume 1, numéro 1

Sciences biologiques
La souris sylvestre touchée par la coupe à blanc

François-Joseph Lapointe, professeur au Département de sciences biologiques de l'Université de Montréal, étudie les effets de la coupe à blanc sur le profil génétique de la souris sylvestre. Des individus de cette espèce ont été prélevés dans trois types d'habitats : une forêt homogène non fragmentée, des îlots forestiers dans une zone de coupe à blanc et des îles sur un lac.

Les résultats obtenus pour les populations insulaires confirment que les populations isolées disposent d'un bassin génique réduit comparativement aux populations plus accessibles. La distance aquatique séparant les îles de la berge constitue une bonne variable prédictive de la diversité génétique. Les analyses montrent également que les populations insulaires sont génétiquement différentes de celles de la terre ferme et que la distance aquatique séparant deux populations est un facteur explicatif de leur différenciation génétique ou morphométrique. Des données préliminaires sur les populations provenant des autres habitats (forêt homogène et îlots forestiers) confirment la même tendance.

Selon le chercheur, les retombées de cette recherche sont importantes, car l'étude démontre l'impact du morcellement de l'habitat sur la génétique des populations. De plus, elle apporte une preuve scientifique aux environnementalistes quant à leurs préoccupations.

Près de un million d'hectares de forêt sont coupés chaque année au Canada. La destruction de la forêt représente l'un des facteurs majeurs entraînant la réduction de la biodiversité. Outre les coupes à blanc, qui modifient la génétique des petits mammifères, les incendits de forêt et les pratiques agricoles ont également un impact sur la démographie et la différenciation génétique de ces populations.

Chercheur : François-Joseph Lapointe
Téléphone : (514) 343-7999
Financement : Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada

Un biologiste aux trousses des araignées d'hiver

L'Abitibi, en janvier, est le dernier endroit au monde où l'on penserait trouver un entomologiste. C'est là pourtant que Pierre Paquin, emmitouflé jusqu'aux oreilles et muni de pelles et de pinces à cils, a fait la tournée quotidienne de ses pièges à insectes et arachnides en 1995. "Il existe sept ou huit espèces d'araignées qui sont actives sous la neige, explique cet étudiant au doctorat du Département de sciences biologiques de l'Université de Montréal, qui a consacré sa thèse à cette faune. Certaines se font même une spécialité de pondre leurs œufs à -40 C."

Même lorsqu'il fait très froid durant l'hiver, la surface terrestre, sous la neige, conserve une température d'environ 5C. Grâce à une espèce d'antigel dans leur système circulatoire, les araignées et leurs proies continuent donc de se mesurer les unes aux autres. Pour Pierre Paquin, l'activité hivernale de saraignées n'est qu'un des innombrables moyens d'adaptation de ces petites bêtes poilues à huit pattes auxquelles il voue une admiration sans bornes. "À mon avis, les araignées incarnent les plus belles prouesses de la nature pour ce qui est de l'adaptation à l'environnement. Plus on les observe, plus elles nous fascinent", déclare-t-il des étincelles dans les yeux.

Le chercheur a trouvé chez les arthropodes un objet d'étude oublié par la science moderne, et cela le stimule. Après avoir personnellement épinglé des individus de la plupart des 693 espèces d'araignées du Québec, il a traversé le globe pour aller étudier les araignées de Nouvelle-Zélande. Avec l'aide d'une biologiste experte en dissection et dessinatrice hors pair, Nathalie Dupérré, il publiera sous peu le premier guide complet des araignées au Québec. "Sur les 1350 espèces d'araignées qu'on trouve au Canada, plus de 200 n'ont pas encore de nom", dit l'étudiant.

À 36 ans, le jeune homme ne manque pas de projets. Il a signé huit articles qui paraîtront sous peu dans des publications savantes et autant sont à l'étude dans des comités de lecture. Cette frénésie scientifique découle d'un travail titanesque qu'il a accompli avant même de s'inscrire au doctorat à l'Université de Montréal, sous la direction de Pierre Paul Harper. Pendant trois ans, il a habité près du lac Duparquet, en Abitibi, afin de recueillir des insectes et des araignées de différents écosystèmes. Les prises hivernales mentionnées ci-dessus ont été faites dans ce contexte. En tout : 9505 échantillons ont été prélevés, contenant de quelques-uns à des centaines d'individus. Les analyses de cette collecte sont loin d'être terminées, mais elles ont déjà révélé des surprises : sur les 80 000 spécimens de 800 espèces, le chercheur a rapporté 34 nouvelles mentions pour le Québec et une soixantaine d'espèces jamais identifiées, "nouvelles pour la science", selon la formule consacrée.

Chercheur : Pierre Paquin
Directeur : Pierre Paul Harper, Faculté des arts et des sciences (Sciences biologiques) - (514) 343-6970