Volume 1, numéro 1

Neuropsychologie
La musique ne faciliterait pas l'apprentissage des paroles

On sait que la musique et le langage sont traités par des systèmes distincts dans le cerveau. Mais on ignore si le support musical facilite l'apprentissage de textes. Amélie Racette, chercheuse au Laboratoire de neuropsychologie de la musique et de la cognition auditive de l'Université de Montréal, effectue une thèse de doctorat en recherche et intervention sur le sujet.

La littérature rapporte plusieurs cas de personnes aphasiques qui parviennent à chanter correctement les paroles de chansons connues alors que leur langage est déficient. Cela laisse supposer que la musique pourrait jouer un rôle dans la production de paroles. Il existerait ainsi un code en mémoire où sont intégrées les paroles et la musique d'une même chanson. Une autre hypothèse avancée par des chercheurs veut que le débit ralenti de la parole chantée, comparativement à celui de la récitation, faciliterait la mémorisation.

Les résultats d'une étude menée par Mme Racette auprès de 36 sujets, dont la moitié étaient des musiciens, contredisent ces hypothèses. Pour conduire ses recherches, la neuropsychologue a soumis les répondants à l'apprentissage de trois chansons inédites. Chaque chanson était présentée dans une des conditions suivantes : présentation chantée-rappel chanté; présentation chantée-rappel récité; et enfin présentation des paroles récitées sur une mélodie fredonnée-rappel récité.

Les données démontrent que le pourcentage de mots mémorisés est supérieur lorsque les paroles sont récitées plutôt que chantées. Cela semble indiquer que la musique n'aiderait pas à l'apprentissage d'un texte. En fait, elle représenterait une charge supplémentaire dans la mémorisation des chansons. Toutefois, la musique ne nuit pas à l'encodage de l'information, puisque les mots d'un texte chanté sont aussi bien mémorisés que ceux d'un texte récité. Par ailleurs, la chercheuse note un pourcentage équivalent de mots mémorisés par les musiciens et par les non-musiciens, ce qui contredit les études attribuant une mémoire verbale supérieure aux musiciens.

Une deuxième recherche menée auprès de personnes aphasiques devrait permettre de mieux comprendre l'effet de la musique sur la production de paroles de chansons inconnues chez les patients aux prises avec des troubles d'expression du langage.

Chercheur : Amélie Racette - Laboratoire de neuropsychologie de la musique et de la cognition auditive
Téléphone : (514) 343-6111, poste 3092